Serge Trocquenet

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Laissons parler l’artiste ! Ci-dessous, deux très beaux textes de Serge Trocquenet sur son travail :

 » J’ai toujours dessiné ! Depuis la prime enfance. Allez donc savoir pourquoi et comment s’est noué, quand la chose tourne à la passion et qu’elle dure, ce pacte entre un gosse et ses premiers gribouillages…

En tout cas, c’est ce qui m’est arrivé. Tant mieux pour moi. Mais — bizarrerie dans la bizarrerie ! — j’ai tenu à cacher, une fois « grand », le tohu-bohu de mes productions. C’était secret. Destination tiroirs et placards. Puis il s’est trouvé que mon fils a découvert le pot aux roses… et que ça lui a plu ! Avec sa compagne, il en a fait un court métrage (diffusé dans cette galerie !). Je suis heureux de tout ! D’aimer et d’être aimé !

Après ça, il faudrait dire quelques mots de l’ « inspiration ». Une bizarrerie de plus, si on veut (c’est la troisième). Il me faut de l’excès ! Excès de lignes, de figures, de formes… Le monde m’a toujours paru dangereux (d’où le secret, je pense). C’est ce frémissement, cette terreur parfois, qui donnent à mon dessin ses traits satiriques et/ou monstrueux. Il faut que ça gigote, que ça s’enchevêtre, que ça s’empoigne, que ça hurle — que ça danse aussi, et que ça rie !

Mon monde est celui du charivari, de la dérision et du bariolage. Monde grinçant, bouffon, tumultueux.

Voilà ce qui me vient, si je dois dire un mot de moi, en tant que bonhomme et en tant que créateur. « 

Serge TROCQUENET

- A la volée ! -

« La dimension exploratoire a toujours été essentielle pour moi, dans mon abord du Dessin. De quoi étais-je capable avec une plume et des couleurs ? Où étaient les limites de ce qui peut être dessiné ? Et, une fois mes limites atteintes (limites du graphisme ou des figures), essayer de les franchir. Ç’était ça pour moi, dessiner. A l’abri. Tranquille. Sans souci de laideur ou de beauté. Libre ! Comme des Jarry, des Tardiez, des Ionesco ou des Beckett l’ont fait avec les mots et des « personnages » sur une scène… Aller plus loin !

Je prends ces noms au hasard et pour le théâtre. D’autres pourraient venir en avalanche. Ah oui, tiens, le problème des « sources », des « influences ». Là encore, pas de frontières ! Un joyeux carnaval dans ma petite tête…

J’ai toujours ri d’émotion aux gargouilles des cathédrales. Je sens autour de moi Bosch, Goya (Les Caprices !), Daumier, Ensor, Dali…tous ceux qui ont tordu les formes et exprimé aussi bien l’étrangeté que la peur. Mais ma reconnaissance va tout autant à Dubout, Pellos (Les Pieds Nickelés !), Chaval et Reiser, dessinateurs de l’impossible, du farfelu et du bazar !

Qui est assez malin pour faire le tri dans toutes ces représentations vibrantes et grimaçantes qui nourrissent notre imaginaire ?

Aussi mes carnets sont-ils pleins de « fiascos » biscornus (à mes seuls regards) et de « réussites » inattendues (selon ma seule estimation). Puisque, je le redis, j’ai longtemps travaillé en secret. Seul et libre ! Passager clandestin de l’art ! Ce bouillonnement débridé et gaillard reste mon unique règle du jeu.

En un mot : FAIRE ! Faire et ne pas y regarder à deux fois ! Du « faire » pur, en quelque sorte. Art brut et brutal.

Je pourrais m’étendre sur tous ces points, mais je préfère arrêter : cela deviendrait trop technique ou trop personnel, ou trop obscur…

Je pense que cet espace de liberté absolue qu’est la Création est tendu, offert à chaque créateur potentiel. Mon conseil (d’ami bien sûr) est donc : « Allez-y ! Foncez ! » Nos libertés sont faites pour être éprouvées, vécues, dans l’élan ou le tâtonnement, et rien ne doit les entraver –

L’imaginaire est tout ce qui n’est pas réel : le champ y est donc libre, ouvert, bienveillant à l’infini. Quant à la réalité, elle, elle n’est que ce qu’elle est : une gangue, un carcan, des routines qui nous rabotent de jour en jour jusqu’à l’anéantissement –

Alors existons très fort dans les lignes et dans les couleurs – l’imagination en liesse !

Tout vaut mieux que de rester les deux pieds dans le même sabot…

Curieux…Mon « esthétique » débouche sur une « éthique »…Mais, au fond, c’est logique  ! »

Serge TROCQUENET